Du ponton au largage
Gréer un J/80
Gréer, c’est rendre le bateau capable de marcher. L’ordre n’est pas décoratif : chaque étape suppose la précédente faite, et une seule inversion transforme une manœuvre de dix secondes en un quart d’heure à démêler.
- Chef de bord5 min
Prendre la météo et regarder le plan d’eau
- Relever la direction et la force du vent au ponton, puis au large : ce n’est pas la même.
- Lire le bulletin côtier du jour et l’heure de la prochaine évolution.
- Vérifier l’heure de marée et le sens du courant sur la zone.
- Décider du programme et l’annoncer à l’équipage avant de monter à bord.
Pourquoi
Un J/80 se grée différemment selon qu’on part par 8 nœuds ou par 22. Au-delà d’environ 18 nœuds établis, on part avec un ris pris au ponton — le prendre en mer coûte beaucoup plus cher.
L’erreur classique
Se fier au vent ressenti dans le port. Un bassin abrité coupe la moitié de la force et fausse la direction de 30 à 40°.
Sécurité
Aucune sortie sans avoir dit à terre où l’on va et à quelle heure on rentre.
- Équipier avant5 min
Ouvrir le bateau et faire le tour de sécurité
- Ouvrir le capot, aérer, vérifier l’absence d’eau dans les fonds.
- Contrôler la nable de vidange : fermée avant la mise à l’eau, ouverte au sec.
- Vérifier la présence et l’état des brassières, du bout de remorquage, de l’écope ou de la pompe.
- Repérer le coupe-circuit et la position du matériel de sécurité — chacun doit savoir où il est, pas seulement le chef de bord.
Pourquoi
Le matériel de sécurité ne sert que si l’équipage sait où il se trouve **avant** d’en avoir besoin. Une brassière au fond d’un coffre fermé ne compte pas.
L’erreur classique
Partir avec la nable ouverte. Le bateau embarque lentement, on ne s’en aperçoit qu’au premier gîte appuyé.
Vocabulaire
- Nable
- bouchon de vidange du cockpit ou de la coque
- Fonds
- le bas de la coque, à l’intérieur
- Équipier avant5 min
Contrôler le gréement dormant
- Suivre l’étai du pont à la tête de mât : pas de toron cassé, pas de coude.
- Vérifier les deux haubans et les bas-haubans, ridoirs frettés et goupilles en place.
- Regarder les barres de flèche : elles sont poussantes sur un J/80, tout jeu se voit à la base.
- Contrôler la tension du pataras et sa commande.
Pourquoi
Le gréement dormant tient le mât. C’est le seul organe du bateau dont la rupture met immédiatement fin à la navigation, et souvent au mât.
L’erreur classique
Ne regarder que ce qui est à hauteur d’yeux. Un toron rompu se trouve presque toujours en tête, au ras du terminal.
Vocabulaire
- Dormant
- ce qui ne bouge pas : étai, haubans, barres de flèche
- Courant
- ce qui bouge : drisses, écoutes, bras
- Ridoir
- tendeur à vis qui règle la tension d’un hauban
- Deux équipiers8 min
Engager et endrailler la grand-voile
- Sortir la voile de sa housse en la laissant pliée, l’étaler dans le cockpit, point d’amure vers l’avant.
- Engager la ralingue dans l’entrée de gorge du mât, sans forcer : si ça coince, c’est que la voile est vrillée.
- Vérifier que les lattes sont toutes présentes et poussées à fond dans leurs goussets.
- Frapper le point d’amure sur son axe, puis la bordure dans la gorge de bôme, et souquer le point d’écoute.
- Frapper la drisse sur la têtière — et vérifier qu’elle ne fait pas un tour autour de l’étai ou d’un hauban.
Pourquoi
Une drisse engagée autour de l’étai se découvre à mi-hisse, mât en l’air, avec la voile à moitié montée. Le contrôle prend trois secondes ; la réparation coûte la manœuvre.
L’erreur classique
Hisser sans avoir libéré le hale-bas et l’écoute. La bôme monte, se bloque, et on met la ralingue en charge de travers.
Vocabulaire
- Ralingue
- le cordage cousu dans le bord de la voile, qui coulisse dans la gorge
- Têtière
- le sommet de la grand-voile
- Bordure
- le bord bas de la voile, entre point d’amure et point d’écoute
- Équipier avant6 min
Endrailler le foc et passer les écoutes
- Frapper le point d’amure sur la ferrure d’étrave, voile pliée, guindant vers le haut.
- Endrailler le guindant du bas vers le haut, mousqueton après mousqueton, sans en sauter.
- Frapper la drisse de foc, la tenir : un foc qui part en drapeau avant l’heure fatigue tout le monde.
- Passer les deux écoutes en tête d’alouette dans le point d’écoute, les faire courir à l’extérieur des haubans, dans les chariots, puis un nœud de huit en bout de chaque.
Pourquoi
Le nœud de huit en bout d’écoute est ce qui empêche l’écoute de filer entièrement quand elle échappe. Sans lui, on récupère la voile en drapeau et une écoute à la mer.
L’erreur classique
Passer les écoutes à l’intérieur des haubans. Le foc ne peut plus border au près et l’erreur ne se voit qu’une fois en route.
Vocabulaire
- Endrailler
- engager le guindant d’une voile sur son support
- Tête d’alouette
- nœud à boucle passée, pour frapper une écoute sans épissure
- Équipier avant + tacticien8 min
Préparer le spi asymétrique et le bout-dehors
- Vérifier que le bout-dehors sort et rentre librement, et que sa commande revient au cockpit.
- Sortir le spi de son sac par les trois points, sans le laisser filer : amure, drisse, écoute.
- Frapper l’amure sur le bout-dehors, la drisse en tête, et faire passer l’écoute **devant l’étai**, à l’extérieur de tout.
- Ranger la voile dans le sac en boudin, les trois points sortis et repérés.
- Border légèrement la drisse pour supprimer le mou, sans mettre la voile en charge.
Pourquoi
Sur un asymétrique, tout se joue au moment de l’envoi : si l’écoute passe derrière l’étai, la voile s’envoie en toupie et il faut tout affaler pour recommencer.
L’erreur classique
Envoyer le spi avant d’avoir sorti le bout-dehors. L’amure tire alors sur l’étrave, la voile se colle au foc et le bateau part au lof.
Sécurité
Le spi se prépare au ponton, jamais au portant dans la brise. Un asymétrique de 62 m² qui part de travers est ingérable à quatre.
- Chef de bord4 min
Barre, safran, et répartition de l’équipage
- Mettre le safran en place, goupille de sécurité engagée et vérifiée à la main.
- Monter la barre franche et sa rallonge, tester le débattement complet des deux bords.
- Attribuer les postes : barre, écoute de GV, écoutes de foc, avant.
- Faire le point sur le sens du départ, les amarres à larguer en dernier, et le mot qui déclenche la manœuvre.
Pourquoi
Une manœuvre de port se joue à quatre personnes qui font le même geste au même moment. Ce qui n’a pas été dit au ponton ne se dira pas dans le bruit.
L’erreur classique
Oublier la goupille du safran. Il se déjauge à la première marche arrière et le bateau devient incontrôlable.
- Tout l’équipage5 min
Larguer et sortir
- Hisser le foc seul, ou partir sous grand-voile selon la place et le vent au ponton.
- Larguer les amarres dans l’ordre annoncé, la dernière étant celle qui retient le bateau contre le vent.
- Dégager au moteur ou à la voile selon le bateau et la place disponible, sans jamais couper la route d’un autre.
- Une fois dégagé, se mettre bout au vent pour hisser la grand-voile en entier.
Pourquoi
Hisser la grand-voile bout au vent, c’est hisser une voile qui ne porte pas : elle monte seule, sans effort et sans risque de partir en charge.
L’erreur classique
Hisser la grand-voile vent de travers. La voile prend, le bateau part, et la ralingue force dans la gorge.