Faire marcher le bateau
Naviguer un J/80
Naviguer, ce n’est pas tenir la barre : c’est comprendre où est le vent, choisir une allure, régler pour cette allure, et changer d’amure sans casser la vitesse. Tout le reste en découle.
- Tout l’équipage—
Trouver le vent, et ne plus le perdre
- Repérer le vent réel : rides à la surface, drapeaux à terre, orientation des bateaux au mouillage.
- Lire la penon de tête de mât : elle donne le vent apparent, celui que la voile subit vraiment.
- Comprendre l’écart : au près le vent apparent est plus fort et plus en avant, au portant plus faible et plus en arrière.
- Annoncer à voix haute les bascules et les risées vues venir sur l’eau.
Pourquoi
Une voile ne connaît que le vent apparent. Régler sur le vent réel, c’est régler pour un vent qui n’existe pas à bord.
L’erreur classique
Barrer les yeux dans le bateau. Le vent se voit sur l’eau, à trois longueurs devant, pas sur les penons.
Vocabulaire
- Vent réel
- le vent qui souffle sur le plan d’eau
- Vent apparent
- la composition du vent réel et du vent de déplacement du bateau
- Risée
- une accélération locale du vent, visible sur l’eau
- Barreur—
Les allures, de bout au vent au vent arrière
- Bout au vent (0°) : le bateau ne marche pas, les voiles battent. C’est une position de manœuvre, pas une allure.
- Près serré (≈ 40°) : l’allure la plus proche du vent où le J/80 avance encore vraiment.
- Bon plein, largue, grand largue : le bateau s’écarte du vent, on choque à mesure.
- Vent arrière (180°) : le vent pousse. C’est l’allure la moins rapide et la plus instable.
Pourquoi
Sous 40° du vent réel, un J/80 ne remonte plus : il dérive. Chercher à serrer davantage fait perdre à la fois la vitesse et le cap.
L’erreur classique
Confondre le cap au compas et l’angle au vent. On ne règle jamais sur un cap, on règle sur un angle.
- Régleurs—
Régler : bordé juste, ni trop ni trop peu
- Choquer jusqu’à ce que la voile faseye légèrement au guindant, puis border juste assez pour que ça cesse.
- Lire les penons du foc : les deux qui filent à l’horizontale, c’est le réglage.
- Au près, chariot d’écoute au vent et bordure tendue ; au portant, chariot sous le vent et bordure choquée.
- Le hale-bas contrôle le vrillage : plus il est souqué, plus le haut de la voile travaille comme le bas.
- Le pataras cintre le mât : il creuse ou aplatit la grand-voile selon la force du vent.
Pourquoi
Une voile trop bordée freine sans porter : elle fait gîter et dériver. Le bon réglage est toujours le **moins** bordé qui ne faseye pas.
L’erreur classique
Border pour faire beau. Une voile plate et bien tendue à l’œil est très souvent trop bordée pour l’allure.
Vocabulaire
- Faseyer
- battre au vent, quand la voile n’est plus alimentée
- Penon
- brin de laine cousu sur la voile, qui montre le flux de l’air
- Vrillage
- l’écart d’angle entre le bas et le haut de la voile
- Tout l’équipage15 s
Virer de bord — passer le vent devant
- Le barreur annonce « paré à virer ». L’équipage répond « paré ».
- Au « je vire », abattre franchement puis lofer d’un mouvement régulier — ni brusque, ni mou.
- Choquer l’écoute de foc au moment où la voile commence à faseyer, pas avant.
- Reprendre de l’autre bord et border pendant que le bateau tourne encore : après, il est trop tard, la voile est en charge.
- Sortir du virement au même angle qu’à l’entrée, de l’autre côté du vent.
Pourquoi
Un virement réussi ne perd presque pas de vitesse. C’est le seul moyen de remonter au vent : sans virement propre, on ne gagne rien au près.
L’erreur classique
Choquer trop tôt. Le foc part en drapeau, freine, et le bateau s’arrête dans le lit du vent — le fameux « bateau planté ».
Vocabulaire
- Lofer
- se rapprocher du lit du vent
- Abattre
- s’écarter du lit du vent
- Tout l’équipage15 s
Empanner — passer le vent derrière
- Annoncer « paré à empanner », attendre la réponse.
- Reprendre l’écoute de grand-voile au maximum **avant** de passer le vent arrière.
- Abattre régulièrement, laisser la bôme passer d’un bord à l’autre en la contrôlant à l’écoute.
- Choquer immédiatement de l’autre bord et contre-barrer pour empêcher le bateau de lofer.
Pourquoi
Reprendre l’écoute avant le passage réduit la course de la bôme. Un empannage bôme choquée, c’est une bôme qui traverse le cockpit à pleine vitesse.
L’erreur classique
Empanner sans contre-barrer. Le bateau part au lof sur la nouvelle amure, gîte violemment, et se couche.
Sécurité
**Tête basse à l’empannage.** C’est la manœuvre qui blesse le plus, et elle blesse à la tête.
- Quatre postes distincts30 s à l’envoi
Envoyer, porter et affaler l’asymétrique
- Sortir le bout-dehors en grand avant tout envoi.
- Abattre au grand largue : la vitesse chute, la voile monte sans forcer.
- Hisser en grand et border l’écoute au fur et à mesure — jamais border avant que la drisse soit à bloc.
- Porter : régler l’écoute jusqu’à ce que le guindant commence à se retourner, puis reprendre légèrement.
- Affaler sous le vent de la grand-voile, en choquant l’amure d’abord, puis en ramenant la voile par l’écoute.
Pourquoi
Un asymétrique se règle en permanence : il n’a pas de position stable. Le guindant qui commence à faseyer est le signal — c’est le réglage le plus rapide.
L’erreur classique
Affaler au vent de la grand-voile. La voile prend le vent, se remplit à l’envers et part sous la coque.
- Tout l’équipage2 min, et il faut les avoir répétées
Homme à la mer
- Crier « homme à la mer », jeter immédiatement une bouée ou tout ce qui flotte.
- Désigner une personne qui ne fait plus que **regarder** la victime, sans jamais la quitter des yeux.
- Abattre, s’écarter, puis revenir face au vent en s’arrêtant au vent de la personne pour dériver sur elle.
- Aborder à petite vitesse, moteur débrayé ou coupé, récupérer sous le vent du bateau.
Pourquoi
On récupère toujours en arrivant **contre** le vent : c’est la seule approche où le bateau peut s’arrêter net en choquant tout.
L’erreur classique
Perdre la personne des yeux. À plus de 100 mètres, dans un peu de mer, une tête est invisible et on ne la retrouve pas.
Sécurité
Cette manœuvre se répète à froid, avec un pare-battage, avant d’en avoir besoin.
- Barreur + un équipier1 min
Réduire : prendre un ris
- Décider tôt : on prend un ris quand on se demande s’il faut le prendre.
- Se mettre au près bon plein, choquer la grand-voile pour la décharger.
- Choquer la drisse jusqu’au repère, engager l’œillet d’amure sur son croc.
- Reprendre la drisse, souquer la bosse de ris, et border à nouveau.
Pourquoi
Un J/80 sur-toilé gîte, dérive et devient dur à la barre. Il va plus vite avec un ris qu’avec toute sa toile et 25° de gîte.
L’erreur classique
Attendre d’être dans le vent fort. La manœuvre qui prend une minute par 15 nœuds en prend cinq par 25, avec un équipage fatigué.